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Société. Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure

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Dans les médias d'aujourd'hui, le mot censure revient couramment dans les propos des journalistes, des écrivains ou des orateurs. Avec les moyens techniques actuels, dont Internet, la communication humaine s'est diversifiée et intensifiée engendrant en conséquence plus de messages ou d'images répréhensibles. 

La censure violant les droits fondamentaux pour contraindre les personnes à se soumettre

Les exemples les plus manifestes de censure à grande échelle sont à l'œuvre dans les dictatures nationales. Outre le mensonge et la répression, la censure est un autre moyen de maîtriser les populations sous leur emprise. Nous en avons encore de nombreux cas sous les yeux. La plus gigantesque, la plus longue et la plus mortifère est sans aucun doute la dictature du Parti communiste chinois (PCC) exercée sur le peuple de Chine et, si elle le peut, sur les Chinois à l'étranger. 

Cette censure est utilisée pour amener les personnes à se soumettre à un gouvernement, bien souvent injuste et corrompu, sans qu'elles puissent exprimer ouvertement leur opinion et leur mécontentement. Elle se caractérise par une limitation d'accès à certaines informations et à certaines opinions, qui peuvent être critiques vis-à-vis de l'autorité, mais pas forcément, car la censure peut être aussi appliquée à l'encontre de groupes religieux ou ethniques. 

Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure
Le Parti communiste chinois (PCC) pratique, depuis de nombreuses décennies, ce qu'on nomme aujourd'hui la « cancel culture », la culture de l'effacement, qui souvent en Chine est une censure de l'Histoire. (Image : wikimedia / D. Thompson / Domaine public)

Elle se manifeste aussi sous forme d'interdictions. Dans une dictature, il n'y a généralement qu'un seul parti politique représenté dans les parlements. S'il y a d'autres partis, c'est pour feindre une liberté d'opinion, mais ces partis ne sont pas libres et subissent des pressions. La censure s'opère également par l'interdiction de livres, de journaux, de débats et de réunions. Peut-être plus grave encore, car l'impact est important sur les jeunes générations, une dictature peut en venir à censurer sa culture, ses traditions et le récit historique de la nation. 

La censure sur Internet est intense dans les pays gouvernés par un régime dictatorial. En Chine, à partir de 1994, l'introduction d'Internet était une bonne opportunité pour la démocratisation du pays, mais l'encadrement et la censure du PCC n'ont cessé de se perfectionner pour restreindre toujours plus la liberté d'information et de communication des internautes. « Des dizaines de milliers de petites mains sont payées pour surveiller jour et nuit la toile chinoise », écrit Juliette Brossault dans un article du journal Ouest-France, « Des milliers de sites web ont été bloqués, (…) les réseaux sociaux Twitter et Facebook sont interdits. Grâce à l'intelligence artificielle (IA), des centaines de combinaisons de mots-clés et de hashtags sont automatiquement détectées sur les réseaux sociaux et sur les applications de messagerie puis supprimés ». Parmi les termes sous haute surveillance et qui font l'objet de censure, on trouve dans les premières places des noms de populations ou de mouvements réprimés et persécutés tels que Tiananmen, Tibet, Taïwan, Ouïghours, Falun Gong. Dans la course aux restrictions des libertés, la dictature chinoise est loin devant au niveau mondial.

Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure
La persécution du Falun Gong, en Chine à partir de 1999, a entraîné la destruction par le PCC des livres d'enseignement de cette discipline spirituelle très appréciée et populaire.(Image : wikimedia / ClearWisdom.net, CC0)

La « cancel culture », la censure de l'Histoire et des traditions

Dans cette même famille de censures, il en est une autre qui s'est développée ces dernières années et qui est souvent en lien avec l'utilisation des réseaux sociaux. On la nomme couramment la « cancel culture » ou « culture de l'effacement » en français. La « cancel culture » vient de la volonté de dénoncer et de censurer des gens, des idées, des œuvres artistiques ou historiques qui vont à l'encontre du mondialisme, des mœurs dépravées, du transhumanisme ou du wokisme.

Une des victimes de la cancel culture fut J.K. Rowling, la créatrice d'Harry Potter, qui, en juin 2020, publia un tweet dans lequel elle insinuait que les femmes transgenres n'étaient pas des femmes. Le tweet fut dénoncé comme transphobe et les appels à boycotter ses livres se sont multipliés depuis sur les réseaux sociaux.

« Un acte isolé ou une opinion controversée peut déclencher une vague de critiques virulentes », peut-on lire sur le site cultures.fr, « L’impact varie selon la notoriété, mais est souvent dévastateur, touchant aussi bien les anonymes que les personnalités ». 

Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure
Statue équestre de Napoléon à Rouen. « ...il faut se défier de l'anachronisme, c'est-à-dire de mélanger les valeurs d’une époque avec celles d’autres époques. » (Image : wikimedia / Chabe01, CC BY-SA 4.0)

À Rouen, en 2020, la statue équestre de Napoléon fut retirée de son piédestal devant l'hôtel de ville. C'était pour sa restauration, mais le maire, Nicolas Mayer Rossignol, deux mois plus tard, proposa de la remplacer par une personnalité féminine, Gisèle Halimi, avocate et figure militante du féminisme. Ce fut pour beaucoup de Rouennais, un cas typique de culture d'effacement. Au vu des nombreuses protestations, le maire de Rouen se résolut à réaliser une consultation publique. Les Rouennais votèrent à 68 % en faveur du retour de la statue de Napoléon à sa place, devant la mairie. « Ce qu'on reproche à Napoléon aujourd'hui, c’est certaines mesures et en particulier d’avoir rétabli l’esclavage chez les noirs, ce qu’avait supprimé la Révolution en 1794. C'était certainement une maladresse. Ce qu'un historien sérieux sait bien, c'est qu'il faut se défier de l'anachronisme, c'est-à-dire de mélanger les valeurs d’une époque avec celles d’autres époques », explique l'historien Jean-Pierre Chaline, sur francetvinfo.fr. De son côté, Elizabeth Labaye, conseillère municipale, soulevait la question : « Napoléon est une figure, avec ombre et lumière. Ça interroge. Est-ce que c'est le meilleur symbole de la République aujourd'hui au XXIe siècle ? » 

La censure dont l'objectif est de protéger et de maintenir un climat de respect 

La surveillance des réseaux sociaux semble être nécessaire pour protéger le public de contenus nuisibles ou offensants, surtout pour les plus jeunes. En France, depuis 2004, de nombreuses lois de censure ont été établies. En 2011, la censure des sites Internet est devenue administrative sans passer par un juge. 

La censure de sites web dangereux ou nuisibles est évidemment utile dans la lutte contre le terrorisme, la violence extrême, la pédocriminalité, le proxénétisme, la pornographie. Elle peut aussi réfréner les propos violents ou haineux et favoriser la communication et les échanges respectueux. Pour ces raisons, elle aide à préserver l'ordre public et la sécurité nationale.

Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure
Pour protéger le public et surtout les plus jeunes, la censure des sites web dangereux ou nuisibles est nécessaire.(Image : wikimedia / Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0)

La censure peut aussi jouer un rôle dans la traque et l'élimination de la désinformation et des fakenews si cela concerne des informations et des nouvelles très concrètes et indiscutables. Mais cet aspect de la censure peut être rapidement controversé quand il s'agit de débat d'idées, de conceptions, d'interprétations et de recherches personnelles. Car cela concerne alors les libertés de pensée, de croyance et d'expression, qui sont des valeurs fondamentales de l'être humain.

La surveillance et l'utilisation de la censure dans les moyens de communication, au-delà du besoin de protection et de respect des personnes, posent des problèmes importants de liberté d'expression. La liberté d'exprimer ses opinions et ses conceptions est un des piliers des démocraties occidentales. Le débat d'idées, la liberté d'argumenter et de critiquer sont essentiels pour une communication fructueuse. « Des plateformes comme les réseaux sociaux soumettent désormais les contenus à des politiques de modération de plus en plus strictes. Ces règles, dictées par des algorithmes et des lignes directrices, laissent peu de place à la diversité des opinions », lit-on dans « Comprendre la censure : enjeux et impacts sur la liberté d'expression » du site lecineclub.fr, « Quand la censure s’infiltre, elle façonne les narrations et altère la réalité. Les artistes, journalistes et citoyens voient leur capacité à s’exprimer affectée. Ce phénomène engendre une culture de la peur où chacun craint les répercussions de ses propos ».

Apprendre à maîtriser l'expression de ses opinions et à écouter celles des autres dans la bienveillance

Ne pas censurer la parole de ses interlocuteurs est important dans les débats d'opinions, qui sont nombreux dans l'effervescence de notre époque. Ce n'est qu'un vœu pieux, mais si chacun faisait attention à échanger avec autrui en respectant ses propos, il y aurait déjà un bon pas de fait dans le sens d'une communication sans violence. En apprenant à accepter les propos de l'autre jusqu'au bout sans intervenir, même s'il y a désaccord, et ensuite en exprimant soi-même sa pensée, jusqu'au bout acceptée par l'autre, toujours dans le calme, n'est-ce pas là la base d'une bonne communication qui amène à l'estime et à la compréhension mutuelle ? 

Protéger ou soumettre, deux objectifs opposés de la censure
Savons-nous bien communiquer en maîtrisant nos émotions et en restant calme ?  (Image : javi_indy / envato)

La maîtrise de la communication demande un véritable apprentissage et des efforts. Il n'est pas toujours facile de maîtriser ses émotions et de garder son calme. Dans un débat sur un événement ou un thème d'actualité, que ce soit sur écran ou dans la « vie réelle », souvent les interlocuteurs se coupent la parole, s'agitent nerveusement, se disputent, veulent avoir raison. Cela ne favorise pas l'estime et la compréhension. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou avec ses voisins, ses amis ou sa famille, savons-nous bien communiquer ? 

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